Palmarès

Porte-parole

Mot du porte-parole des Francouvertes

Simon Boulerice

 

À 12 ans, quand je revenais de l’école, je chantais tous les jours dans la cage d’escalier, car l’acoustique magnifiait mon chant. J’agissais à la fois de manière pudique (je m’assurais qu’il n’y avait personne à la maison) et immodeste (j’ouvrais grand les fenêtres pour que mon talent soit dépisté).

Rétrospectivement, je reconnais que ma voix n’avait rien de mélodique, et pourtant j’avais le culot de croire que je pourrais être découvert. Je concevais qu’il était crédible qu’un agent d’artistes (que j’appelais imprésario à l’époque) fasse tout bonnement une marche sur la rue Poupart, à Saint-Rémi, et soit ému par l’écho de ma voix de prépubère. Et qu’il cogne immédiatement à ma porte : « Toc toc toc, ce que j’ai entendu m’a convaincu. Je veux vous représenter et faire de vous un grand chanteur à voix. Signez ici. »

Finalement, avec la mue est venue la lucidité : je n’avais pas ce qu’il faut. Je n’avais qu’un imaginaire assez fertile pour m’inventer un peu d’éclat dans ma cage d’escalier.

Je ne suis pas devenu un chanteur. Personne ne m’a détecté de talent musical. Et pourtant, la musique continue d’occuper une place centrale dans ma vie. Elle me procure des frissons infinis, me fait taper du pied, me donne le corps au diable… Elle me rend plus vivant que je le suis, sur le neutre, confiné dans le silence.

Je suis heureux que Les Francouvertes ouvrent la porte cette année à un simple civil, un amoureux de découvertes musicales doté de cordes vocales tout effilochées. Je suis un fier porte-parole, oui. Et si j’étais un imprésario, je serais heureux d’avoir dépisté le talent de tant d’artistes beaux et pleins de promesses. Des artistes qui n’ont pas besoin d’écho pour magnifier leur chant, leur voix, leurs mots et leur univers. Qui n’ont besoin que d’une tribune bienveillante, comme Les Francouvertes.

Je vous ai écoutés. Je suis convaincu. Signez ici.

Simon Boulerice